Intervention d’Yves Vérilhac à l’EHESS de Paris le 27 avril 2006
Voici quelques extraits d'un document que nous vous invitons à télécharger et lire entiérement.
Je suis naturaliste depuis l'âge de dix ans, j'ai été Directeur d'une Fédération de protection de la nature pendant dix ans, Conseiller en écologie urbaine auprès du Maire de Lyon pendant cinq ans, dix ans chargé de la création puis Directeur d'un Parc Naturel Régional, et actuellement Directeur de l'Atelier Technique des Espaces Naturels). Je suis né naturaliste, j'ai grandi environnementaliste, et mon métier est le développement durable depuis un quart de siècle. Je suis antinucléaire de base, je manifestais à Creys-Malville, je suis partisan des énergies dites «renouvelables » (dîtes car une énergie n'est pas renouvelable et le raccourci linguistique n'est pas neutre j'y reviendrai). Et pourtant je suis devenu contre le développement de l'énergie éolienne tel qu'il est pratiqué dans nos campagnes. Je vais vous expliquer comment j'ai viré ma cuti. Je ne suis pas sociologue ni chercheur. La seule vertu de ma présence devant vous -et j'en remercie mon ami Jacques Cloarec- c'est de fournir de la matière à vos réflexions. Je m'excuse par avance devant France Kirschtetter d'Eole Res, qui n'est évidemment pas visée par les propos qui vont suivre.(...)
La thèse
Les partisans du développement éolien industriel font remarquer tous les aspects positifs de ce déploiement : un mode de production décentralisé sur tout le territoire, une production renouvelable, peu d'emprise au sol (environ 300 m2 pour le socle et le poste électrique -et pas de gêne pour l'élevage), un risque d'accident minime (Boulogne et Colombier -26), une indépendance énergétique, un bilan écologique favorable (pas de pollution) et donc la contribution au protocole de Kyoto.
S'y ajoutent le développement local avec taxe et emploi, la subjectivité de la question des paysages (ex pylônes HT), l'augmentation de la fréquentation touristique pour voir les éoliennes, le fait que ces dernières sont facilement démontables etc.
L'antithèse
Mais certaines voix commencent à s'élever, après l'implantation d'un certains nombre de machines, le débat
préalable n'ayant pas vraiment eu lieu compte tenu d'un consensus (à mon sens frauduleux) et d'un a priori
favorable.
En matière de politique, notamment énergétique : le mode de production n'est pas décentralisé puisque le courant ne peut pas être utilisé localement. C'est comme si d'implanter une multitude de centrales nucléaires dans les villages rendait cette production décentralisée...Cette production industrielle continue de rendre les gens dépendants : ce n'est pas un hasard si le solaire n'est pas aidé de la sorte : on n »a pas trouvé le moyen de l'industrialiser et on n'imagine pas nos montagne couvertes de km2 de panneaux.
L'éolien même industriel n'est pas une alternative au nucléaire qui vient d'être confirmé par le Gouvernement car il n'est pas modulable contrairement à l'hydraulique. De plus il ne produit pas forcément quand on en a besoin (ex des Stations de transfert d'énergie par pompage). Entre 2003 et 2004 la consommation française a crû de 2,2 % soit 10 Térawatts/h. Il faudrait installer 2000 éoliennes de 120 mètres de haut pour couvrir cette seule augmentation. En 2003 elle avait crû de 4%. En 20 ans il y a eu 70% d'augmentation de consommation (clim, piscine, chauffage électrique etc.). La part des transports a augmenté considérablement tandis que celle des industries diminuait proportionnellement. On peut raisonnablement prévoir 15% d'augmentation d'ici 2015. En % la part des énergies renouvelables n'augmente pas mais diminue. Il est donc impossible de tenir nos engagements. Et 1 % de gaspillage c'est toujours du gaspillage même s'il provient d'une éolienne. Le critère de % n'est pas pertinent car il sert à habiller la surcroissance d'un peu de peinture verte.(...)
La synthèse
Donc pour moi les éoliennes portent en elles des questions hautement politiques qui relèvent de la privatisation de la fourniture énergétique autant que de la sur croissance et du libéralisme à tous crins. Oui les éoliennes sont ultra libérales et l'écologie ne peut pas être ultra libérale. Elles ouvrent également le débat sur le rôle de la campagne par rapport à la ville. Faut-il sans condition accepter des décharges et produire des ressources à un développement centralisé ? Mes éoliennes servent-elles à éclairer un nouveau tronçon autoroutier ?
Dans le système centralisé avec croissance exponentielle de la consommation les éoliennes en tant qu'industrie ne m'apparaissent pas une réponse écologiquement acceptable. Les arguments des deux camps adverses sont... les mêmes. La question du mode de société que nous voulons est au coeur de ce débat. Sauf que pour les énergies il n'y a pas eu de débat national.
En multipliant les éoliennes industrielles on s'occupe du résultat, pas de la cause. Les amateurs d'homéopathie apprécieront. Mal encadré ça peut être un emplâtre sur une jambe de bois.
Quoiqu'il en soit il est urgent de mettre en place un encadrement à ce développement anarchique :
• Nécessité d'une intercommunalité avec taxe professionnelle unique au préalable ;
• Elaboration de schémas à des échelles pertinentes ;
• Travail sur les économies d'énergies ;
• Développement des autres productions notamment au niveau individuel (bois, solaire, géothermie..).
En tous cas de grâce, ne laissons plus parler de « ferme éolienne » alors qu'il s'agit clairement d'industrialisation partielle des territoires ruraux.
Toute production énergétique est génératrice de pollutions. Le nucléaire ce sont les déchets avec des durées de vie
considérables, et la radioactivité avec les conséquences sanitaires que l'on connaît, les énergies fossiles la pollution atmosphérique et l'effet de serre, pour les barrages hydrauliques on massacre nos fleuves et rivières (oxygénation, boues,...), pour les éoliennes ce sont nos paysages. Le vrai danger serait de faire croire aux gens qu'on peut continuer de dépenser de manière exponentielle, et que la technique y pourvoira.
Exemple de la publicité d'EDF dansTélérama : « Pour vous nos ressources sont illimitées ». Le publicitaire aurait pu rajouter « Et Dieu y pourvoira ».
L'idée de l'énergie propre est un fantasme qui s'apparente à l'invention du mouvement perpétuel.
Sans culpabiliser les gens il faut les éduquer et ensemble changer nos comportements. Dans le cas contraire, nos petits enfants (2 générations) pourraient bien nous faire un procès pour non assistance à descendance en danger.(...)
Le document complet